De sous le tilleul [extraits] - 2017



Millepertuis et salicaires, par gradations insensibles, jusqu'a la frénésie des tilleuls, au dessus de nous, jusqu'à l'ensevelissement. Tilleuls qui disposez de mes sens, disposez de mes pensées affolées comme volée de passereaux.
Je note en tous sens, me tiens à ce qui est, le héron cendré dans l'eau ou la pyrale blanche sur le ciment, et consumée.
La fièvre coquelourde goutte au talus.
C'est avec et malgré tout que je pense.


Tilleuls qui disposez de mes sens
par gradations successives insensibles jusqu'à
l'ensevelissement
ma confusion sous votre frénésie
passants
de mes pensées soyez les dépositaires


Tilleul m'envoûtant, sur un air d'aboiements
distants de tout un peu, dans la nuit,
et l'épouvantable défaite
des décisions.
Penser par le tilleul, courbe enténébrée, la tête le peut
sans poids
écoute courber le vent


Tilleul -l'arôme entête-
secoue l'appréhension
feuilles borgnes
et trouées pour voir


Toutes ruches dehors, en crue, c'est à dire
arène pour les yeux. Au centre est une fontaine
d'abus - ombre résurgente, j'erre au-dessous - l'air remue
de sombres masses de chaleur roulent sur les bras murs,
la lumière disperse des mires
serrées dans leur réticule, de très anciennes visées.


Comment, le tilleul
comme tel accable
un nu respire sous l'ombre flottante
l'arbre ressuscite le bras tigré
d'une petite fille

 
Non pas un parfum - une masse olfactive
accable la marche.
Frêle sous la tunique palpite jouissive
hâtive à rompre (heurt épidermique)
la voix asphyxiée
je compte les chutes, fixe la source - tilleul penchant -
ce qui nous renverse propulse
un dire animal
vulnérable affleure sous l'hymen

 
Et quand soudain il vente
depuis l'arbre primitif quand
le vent déchire entre
le parfum franchit la voûte
s'inverse le courant


Nuit où jeter des mots, sans plafond
ni sol,
à l'épreuve des pertes
le tilleul ainsi que quelques sphinx et noctuelles
près de l'ampoule
donnent forme à celle que nous appelons, pour finir
temps, que nous appelons espace
tandis que s'efface tout autre signe de vie


Nul besoin de faire face, la nuit se charge de tous les visages
et, assise, réduite à l'ignorance de moi-même,
je me détourne de la douleur et regarde le brasier des vitres
je peux tout voir et
et brûler d'un même feu

[...]