Un seul poème - 2017



Attend là-même où mène la nuit

- noir sans gradation -

et de pair avec le poirier

- la même implication dans les branches -

                      une échelle noire 

mais donnée d'un seul tenant

au mur l'effroi

et dont les montants arpentent le toit


Un corps à consentir

à l'image - des images

toujours, s'il en est - chorégraphique

du poirier et

de la toiture intriqués.

L'échelle courbe vers celui qui

concave cueille

à des degrés divers

tout entier dans son geste

sa main.


Car ici tombe - car

le temps bleui dans les branches

tombe

comme tombent des gouttes.

Aucune image ne m'arque plus

hors le fruit pendu à l'arbre

et l'impact gauchi. Dans l'herbe

fleurissent des guêpes.

 

c'est

(on dirait des pâquerettes qui se défont

on dirait

et on dit : "par trop de silence tentée"

on cueille on ne sombre pas on dit

on tient le monde dans ses mains

c'est le sang 

qui jaillit entre les doigts)


Non récurrente

la nuit - toujours la même nuit -

s'avance

d'où elle émerge

succédant à la nuit

une berge pâlie sous les cailloux arides

du très éblouissant jour

celui

lumière qui raidit

qui file

 

Et pâle je la suis

la terrifiante beauté

sous la rigueur

je tire le fil

mais nulle loi rien au fond ne revient

en arrière

de mes doigts

et seule je continue

la clameur interne comment l'ignorer

fuit de tous côtés

 

Comment sans cesse occupée

- je détresse -

à reprendre sur la moindre rive

les herbes

celles - herbes grises et peignées

par le vent - envers

inventées

- pressenties pourrait-on dire -

reprises à l'effroi 

à l'évidence


Donc je suis occupée à arracher

dans le gravier

l'herbe

ténue l'herbe d'août

quand voici que vient le motif

dormant 

(et moi l'ignorant)

s'affirme

et me tient

à l'endroit de frêles

 

frêles roses nous secoue ce vent

dans un froissement de feuilles

et d'anémones

le verbe  - lui pourtant si vert -

empailler me vient

dans chaque

herbe

se profile

comme bientôt les asters

des monstres solaires


Au mur - forcés d'admettre -

il faut s'arrêter pour voir

que non les ombres septembre pâlit

septembre

sans valeur sans contraste

sous l'échelle tremble

je tremble

l'heure   c'est

sans doute il faut - quand même - sur l'échelle danser

sous la treille

 

mûre

il y a la brèche

où entrent les guêpes

"ruines secrètement attendues"

qu'on devine

divines

à nos oreilles à nos ventres

et à nos yeux le soleil - quand même -

y entre agrandit le trou

de près on dirait l'ambre


Je ne pense qu'à la lumière

je suis la guêpe

mes doigts dans le rayon

d'un pont font une ombre

celle d'une feuille de vigne sur

une cuisse

l'aine est proche

où roule le grain.

L'arme lui perce le flanc

et coule le sang

 

plus réel encore

le raisin mûrit

les madeleines tombent violettes

sur l'herbe

les poires la colorent

aussi

le sable crisse

des losanges allongent

sur le sol

les pierres

 

des choses que je vois

toutes au même endroit

car je ne voyage pas

autrement qu'à table par

la fenêtre

et sur l'échelle sans gradation

des rêves

vues non vues

une piqûre de guêpe fut un départ

acceptable

 

sans cesse fais

le livre de ces choses

va-et-vient entre ce qui est

ce que je sais que j'ignore

ce qui fuit

dedans

ce qui fut qui fait ce que je suis

la treille est mûre

le panier qui luit sous la pluie

maintenant l'échelle attend


Ce que je sais n'est pas là

d'ailleurs où ? J'ai beau

tout noter tout revient "attends

je recommence"

j'entends cela

seul le panier l'échelle et un

goutte à goutte

à l'évier

une fréquence pour

rappeler le temps

 

pour appeler le temps

temps

et l'espace : mouvement, ruine.

A l'ombre du pont sous les doigts

un autre pont

fémoral

soutient tout le poids sur l'échelle

genou plié à l'équerre du tronc

j'entends "je n'ai pas mesuré la résistance

de la pierre soustraite à la voûte"


Et je lis "que le chant lui soit lierre !"

oui. Que tout le temps nous soit lierre

liant

écharpe et torche dans la bouche emmurée 

- il procède sans racine, mais pas du hasard -

parole

ce lierre

métaphore qu'une lente entente - lente s'entend -

(depuis le presque début) avec les pierres

reverdit


Dis que le buisson noir oscille là-bas

et dévie la lune sur le carreau

le soir il n'y a rien d'autre que la

noire

la nuit

dis comment

cette déviation

émeut et aussi

désunit

l'une et l'autre


Prolongement des lierres

à la table commune   la

table si longue du temps

des nuits entières à

je pense d'abord aux aubes brouillées

celles qui lèvent en premier lieu sur les pierres

devant la maison

et défont progressivement

- desserrent -

les halliers du fond


Prolongement - non pas saisie,

ne prenons rien -

de la sensation,

les persiennes filtraient légèrement et les murs

roses en tremblaient dans l'après-midi

je sais qu'au bout de l'allée les asters

et les onagres exultent - couleur ou son

c'est une parade haute contre

l'affiche

de ciel gris